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Musique, management et métaphore

Orchestre philharmonique et Jazz-band

 

Nous attribuons à Peter Drucker cette citation : « Le modèle de management que nous suivons aujourd’hui est celui de l’opéra. Le chef d’orchestre dirige un très grand nombre de groupes différents qu’il doit gérer en même temps. Le soliste, le chœur, le ballet, l’orchestre, tous doivent fonctionner ensemble, mais ils ont une partition commune. Ce dont nous parlons de plus en plus aujourd’hui, c’est de groupes diversifiés qui doivent écrire la partition tout en la jouant. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’une bonne formation de jazz. »

 

Cette métaphore me paraît très éclairante pour illustrer le passage d’une organisation hiérarchique traditionnelle à une organisation libérée dans laquelle coopèrent des équipes autonomes et responsabilisées. Dans le premier cas, une partition, écrite a priori, précède les musiciens et précise minutieusement qui fait quoi quand. Le chef d’orchestre guide chacun et veille à la bonne exécution de la partition, au respect du tempo et à la cohérence d’ensemble. Dans les organisations, les fiches de poste, les process mapping ou encore les RACI, pour ne citer que ces outils, remplacent la partition et le manager est garant de leur réalisation. Dans le cas d’un jazz band, les principes fondamentaux de ce genre musical sont l’improvisation et le rythme. Contrairement à l’orchestre symphonique traditionnel, où tout est rigoureusement ordonné, chaque musicien de jazz, soliste ou non, est libre de créer des variations sur un thème donné[1]. De la même manière, au sein d’une entreprise libérée, chacun des acteurs, quelque soit son grade ou son statut, est libre de prendre une initiative qu’il juge bénéfique pour le collectif et à même de servir la vision de l’organisation. Pour garantir la cohérence d’ensemble de l’œuvre musicale ou de l’activité du collectif, il est indispensable de développer l’écoute pour détecter et agir en fonction des changements qui adviennent immanquablement : la variation d’un des musiciens ou le nouveau besoin d’un co-équipier.

 

Au-delà des images

 

Il souffle donc une brise de renouveau sur la manière de penser le fonctionnement idéal de l’organisation qui s’inscrit plus que jamais dans un environnement complexe.  Ce renouveau s’accompagne de son lot de concepts : organisations libérées, organisations vivantes, agilité à l’échelle, opalité, holacratie, sociocratie, service management, intrapreneuriat, corporate hacking… Toutes ces philosophies d’entreprise ont ceci de commun qu’elles impliquent une transformation profonde, un véritable changement de paradigme qui bouscule à différents niveaux, à titre illustratif :

 

o  Le dirigeant-manager

 

Nombreux sont ceux qui s’accordent pour dire que le premier ingrédient indispensable à la libération d’une entité est la posture de son dirigeant qui n’est plus détenteur des partitions. Dans l’ouvrage « Managers, dirigeants, libérez-vous »[2], les auteurs précisent bien qu’il est nécessaire de « travailler sur le pouvoir que l’on est prêt à abandonner avant d’engager les collaborateurs (l’égo en prend un coup) ». Emmanuel Faber, PDG de Danone, le proclamait aux étudiants d’HEC en juin 2016, les signes particuliers du manager d’hier sont « Gloire, Pouvoir, Argent » et celui de demain « Empathie, Fragilité, Sens ».  Le changement est tel qu’à la question « l’accompagnement du dirigeant est-il obligatoire ? » Martine Calligaro et Jean-Jacques Gressier répondent : « La quasi-totalité des entrepreneurs engagés en a ressenti le besoin » et Isaac Getz de confirmer : « Certains [dirigeants] ont dû d’ailleurs faire un travail sur eux-mêmes pour abandonner leur ego et apprendre à lâcher prise »[3].

 

o  L’ensemble de l’équipe

 

Naturellement, le changement ne saurait se limiter au seul dirigeant. L’ensemble des équipes doit faire preuve de lâcher-prise. L’absence de partition laisse parfois place à une sensation de flou, de zone grise ou d’angle mort… bref, le flou est parfois vécu comme un dysfonctionnement à réparer, comme un vide à combler. Et pourtant, c’est justement dans cet espace inoccupé que peuvent naître l’improvisation, l’initiative, la créativité, en un mot c’est là que prend place l’autonomie. Pour être confortable avec l’ambiguïté et pouvoir en tirer pleinement profit, un apprentissage est nécessaire. C’est précisément par ce biais que les équipes libéreront leur potentiel d’ingéniosité et leur puissance créatrice. Comment ? En dialoguant, en construisant ensemble, et avant tout, en s’écoutant. La boucle est bouclée…

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Orchestre_de_jazz

 

[2] Managers, dirigeants, libérez-vous ! Martine Calligero et Jean-Jacques Gressier, Vuibert, 2017

 

[3] https://www.usinenouvelle.com/article/interview-management-l-entreprise-liberee-est-le-contraire-des-demarches-de-qualite-de-vie-au-travail-ou-d-equilibre-vie-privee-vie-professionnelles-estime-isaac-getz.N638798

 

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